Les essais cliniques sur des
médicaments...les phases...le pour et le contre...les droits
des «sujets»... la nécessité ?
Les essais cliniques constituent une
importante proportion de la recherche clinique effectuée
dans le CHUM. Bien que les essais cliniques puissent porter sur
différents types d’interventions diagnostiques ou
thérapeutiques, un grand nombre visent le
développement de nouveaux médicaments.
Dans le processus de développement d’un
médicament, la recherche fondamentale précède
toujours la recherche clinique. Des milliers de molécules
sont testées chimiquement dans le but de repérer
celles qui possèdent des propriétés
thérapeutiques susceptibles d’être
intéressantes. Certaines de ces molécules sont
donc sélectionnées et passent alors en phase
préclinique, c’est-à-dire qu’on teste
leur toxicité sur des animaux de laboratoire. Si une
molécule semble prometteuse pour une application chez
l’humain, elle doit par la suite être testée en
recherche clinique, où l’on vérifiera son
efficacité et sa toxicité.
Une étude clinique est un ensemble de procédures
élaborées pour étudier de façon
spécifique un aspect de l’action d’un
médicament chez une population de patients bien
définie. Les études cliniques répondent
à une méthodologie stricte. Avant qu’une
molécule ne soit acceptée comme médicament
chez l’humain par les organismes de contrôle
gouvernementaux, plusieurs essais doivent être
réalisées dans un ordre
préétabli.
Chaque étude clinique fait partie de l’une des quatre
phases successives. Les trois premières doivent être
effectuées dans l’ordre, avant la commercialisation
d’un produit.
Les phases
La phase I : On teste la
cinétique du produit (évolution dans
l’organisme en fonction du temps) ainsi que sa
tolérance et sa toxicité chez l’humain.
La surveillance médicale constante se fait auprès
d’un très faible nombre (entre 20 et 80) de sujets
sains ou de malades chez qui tous les autres traitements se sont
avérés inefficaces.
La phase II : Le but est ici
d’évaluer l’action thérapeutique et la
toxicité pour différentes doses du produit sur un
petit nombre (habituellement quelques centaines) de personnes. On
cherche à déterminer la dose minimale du nouveau
médicament pour obtenir une action thérapeutique et
la dose maximale non toxique pour l’être humain.
La phase III : On étend
l’expérimentation de l’activité
thérapeutique d’un produit donné à un
nombre élevé de sujets (souvent plusieurs centaines,
voire des milliers) pour le comparer au traitement standard
(s’il y en a un) ou à un placebo (si aucune
thérapie de référence n’existe).
Les organismes gouvernementaux responsables de l’approbation
des médicaments, la Direction des produits
thérapeutiques de Santé Canada et la
Federal Drug Adminstration aux Etats-Unis
analysent les résultats obtenus au cours de ces
premières phases, autorisent ou non la commercialisation du
produit et en déterminent les règles
d’utilisation. Ce processus est régi par des
lois.
La phase IV : Une fois le produit sur le
marché, les compagnies qui le fabriquent sont tenues de
faire des études dites « de post-commercialisation
». On peut suivre les effets secondaires des
médicaments à moyen et long terme chez une population
plus large et dans les conditions normales
d’utilisation.
Le pour et le contre
Différentes raisons incitent les gens à
devenir « sujets » d’un essai clinique.
Pour certains, c’est une façon de contribuer à
l’avancement de la science. Pour d’autres,
c’est une chance d’obtenir un produit qu’ils ne
pourraient avoir autrement. Les uns apprécient le
suivi médical serré durant les projets. Les
autres y voient une façon d’obtenir des investigations
ou des médicaments gratuitement. La participation
à une étude clinique doit être
volontaire. Des sujets peuvent se voir rembourser certains
frais, mais aucun ne doit recevoir de paiement incitatif.
Les principaux désavantages de participer à un essai
clinique sont le risque de recevoir un produit dont on ne
connaît pas tous les bienfaits, ni tous les effets
secondaires. Le participant risque aussi de recevoir un produit
inactif (placebo) et peut avoir à se présenter
souvent à des visites d’évaluation. Cela dit,
il n’y a pas de démarche préalable
particulière à effectuer. C’est un
médecin qui propose éventuellement d’entrer
dans une étude clinique. Pour cela, il faut que lui ou un
collègue qui coordonne l’étude clinique soit
chercheur et que cette étude concerne une pathologie pour
laquelle la personne est traitée.
Les droits des « sujets »
Lorsqu’un médecin pense qu’un patient
peut participer à une étude clinique, il doit :
• lui expliquer les objectifs ainsi que les
bénéfices attendus;
• lui décrire le traitement utilisé ainsi
que les effets secondaires possibles;
• lui présenter les examens de surveillance qui
seront réalisés.
Un accord écrit (consentement) doit être
demandé. Après l’explication de l’essai
clinique, il est nécessaire de disposer d’une
période de réflexion suffisante pour décider
d’y participer ou non. Le refus de s’inscrire à
un essai clinique ne doit pas mettre en cause la relation
établie avec le médecin et son patient, ni la
qualité de la prise en charge du traitement. Même
après avoir accepté de participer à un essai
clinique et avoir donné son consentement écrit, le
patient peut revenir sur sa décision en tout temps sans que
cela ait le moindre retentissement sur la qualité du suivi
médical.
La nécessité ?
Les essais cliniques permettent non seulement
d’étudier de nouveaux traitements, mais aussi de mieux
comprendre les caractéristiques d’une maladie et de
cerner les types de patients pour qui ils sont le plus efficaces.
Ils sont en outre essentiels à l’approbation de toute
nouvelle molécule : pas d’essais, pas de nouveaux
médicaments. Enfin, ces essais ouvrent la voie
à une remise en question de la façon de
procéder et aident à établir des modes de
pratique basés sur les faits (la médecine
factuelle).